[CdE2-Narration] La Chronique des Vassaux de l'Ouest

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[CdE2-Narration] La Chronique des Vassaux de l'Ouest

Message par baron samedi » 20 Nov 2007, 19:21


La Chronique des Vassaux de l'Ouest
Chapitre 1 : La Révolte du Contre-Amiral



C'était les derniers jours d'Erdor, le crépuscule avant la nuit éternelle.

Des torrents de sang rougissaient la mosaïque de marbre blanc du tribunal. Deux valets gisaient en son centre, égorgés, trop empressés d'obéir aux ordres. Dehors sifflaient les projectiles incendiaires des nacelles volantes : les Naskaldïns bombardaient encore Sérakus, la cité-forteresse à la lisière du Nord.

« Arrière tous! Je ne me rendrai pas! » crachait le Marakouk furieux. Entre ses griffes ensanglantées du Contre-Amiral N'go tremblait Mélia, l'esclave Naskaldïne, à peine adulte, toute menue. « J'ai fait mon devoir! Ma cité ne tombera pas! »

La cité de Sérakus, depuis toujours, subissait l'assaut continu des pillards Naskaldïns comme des Théocrates. La politique pacifiste du nouveau roi, Mesarkus, incapacitait ses moindres défenses. Mais ce roi croyait dans la paix. À tout prix.

Le jeune Ministre, Sokilo Yantop, contenait mal sa colère. D'anxiété et d'outrage, sa perruque à demi-verte tremblait sur sa tête. Des émotions violentes déformaient les beaux traits du Sirtien. Sa voix contenue portait pourtant son autorité royale : « Libère ton otage, N'go, au nom du Roi Vert! », hurlait-il. « Tu devras répondre de ta trahison devant les Prophètes! »

« Trahison? » L'officier Marakouk grognait plus qu'il ne parlait. « C'est toi-même, Ministre Sokilo , et tes marionnettes qui trahissez Sérakus! Vous nous abandonnez aux pillards du Nord, détruisant tout ce que le Prophète Kyrriel a bâti! J'ai sacrifié mon nid en entier pour défendre ce pays! Je vois leurs yeux vides, tués par les Naskaldïns! Peux-tu en dire autant, Ministre? » Les griffes se resserrent sur son otage, l'esclave Mélia, son duvet noir et blanc hérissé par la terreur. « Cette engeance noire et blanche n'est que malédiction! Du sang pour le Réceptacle Sacré! »

« Blasphémateur! Meurtrier! Tu n'avais pas à provoquer nos alliés Naskaldïns! Et tu as assassiné deux loyaux sujets! » rugit le vieillard aux côtés du Ministre. Hypocrite, servile, l'Instructeur Ounsalok avait de toute évidence rallié le ministre royal de la Foi à ses arguments doucereux. « N'go n'est qu'un rebelle de la junte militariste! Je l'ai entendu à mon académie! Il prêche la violence, appelant la marine royale à prendre les armes, au risque de rompre notre paix avec l'Empire Aérien de Naskald! » Sourire en coin, l'Instructeur Ounsalok savourait la tournure des événements.

En retrait, le scribe Aabrouatl lisait la vérité dans les yeux malicieux de l'Instructeur. Malgré sa naïveté, le jeune Sirtien connaissait bien les manigances de ce conspirateur. En invitant le Ministre en tournée d'inspection à Sérakus, cité-siège des armées de l'Ouest, l'Instructeur Ounsalok savait que l'impétueux Contre-Amiral N'go ferait abattre toute nacelle volante des Naskaldïns en vue de Sérakus, avant d'attendre des ordres de la lourde hiérarchie. L'Instructeur Ounsalok savait tout autant l'aversion de ce Ministre, grand idéaliste, pour la chose militaire — et l'impétuosité sanguine des Marakouks. Bientôt, son principal opposant à l'Académie ne serait plus.

Malgré son angoisse, l'ironie de la situation taquinait l'Intendant Liaopeq. Sa fille risquait la mort entre les griffes de son officier supérieur. Le Contre-Amiral, son protecteur, était un patriote loyal et intègre. Il avait même désigné Liaopeq comme son successeur, et l'avait soutenu contre l'exil administratif auquel l'avait consigné le Ministre lui-même. Mais l'expérience politique de Liaopeq le questionnait. En invitant l'Intendant Hirbakko et son entourage entier à juger le Contre-Amiral, le Ministre savait-il que le Marakouk ne supporterait pas l'affront d'y voir une Naskaldïne? Comment le Ministre aurait-il pu le savoir?

La main de Szya la Gemish tremblait sur son arme. Elle n'attendait qu'un indice — même subtil — de l'Intendant Liaopeq, son chef, pour frapper. Elle regardait du coin de l'oeil le vieux sauvage, EaKaNor, qu'elle avait déjà « tué » : elle ne ferait pas cette erreur deux fois. Surtout avec ce beau ministre qui ne l'avait pas quittée des yeux. Bientôt commencerait la saison des chaleurs... C'était le moment ou jamais de se distinguer.

La scène dépassait le colosse tatoué, l'ancêtre Eakanor. L'Instructeur Ounsalok scandait : « Notre nouveau roi ne veut plus de guerre! » Eakanor savait que les Chamanes-Sorcières de la Théocratie étaient derrière les raids des Nordistes. Comment faire la paix avec les Théocrates? Il sentait son bras — celui qu'il allait un jour perdre — le picoter étrangement. Eakanor dévisageait l'ancêtre Sirtien aux côtés du Ministre. Le pagne rouge et bleu de l'Instructeur — rattaché à l'Académie du Prophète de la Loi — sentait le varech et le vieux sang. Quelque chose en lui lui rappelait les sorcières, sans qu'il puisse mettre le doigt dessus.

Soudainement, le Ministre tourna des yeux perçants vers l'Intendant Hirbakko. Il avait retrouvé toute sa stature, son orgueil royal. À travers lui parlait le Roi Vert. « Intendait Liaopeq! Je vous tiens pour responsable! Le Contre-Amiral est votre responsabilité ! »


* * *
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Message par cyagen » 21 Nov 2007, 16:41

« Avec toute la déférence que j’ai pour sa seigneurie et notre roi, que son nom soit bénit trente-six fois six fois, répondit l’hirbako avec une déférence qui ne pouvait manquer de sonner ironique, mais à moins de mettre l’académie au complet sous l’autorité de la Glorieuse (dit comme LA mission de DUGPCV) 4ième flotte le vénérable contre-amiral est mon supérieur. Votre seigneurie peut vérifier, le Livre des Révélations, bénit soit la parole des Prophètes, tome 4, chapitre 45, verset 122 est explicite sur ce point. Inspecteur est malheureusement sous le rang de contre-amiral. Pour ce qui est de la responsabilité de ce tribunal, je vous soumet respectueusement que vous en êtes l’instigateur et que j’en suis qu’un bien humble membre.»

Tournant dos aux délégués du roi, pantois devant cette invocation bureaucratique, Liapeq s’adressa au Marakouk. Lentement et délibérément, il effectua le salut militaire d’un subordonné envers son supérieur. Les bras en croix, il referma les coudes, les poings frappant sa poitrine. Sa voix basse et profonde remplie la salle.

« Que Kyrriel guide vos pas Contre-amiral N’Go ! Que sa bénédiction vous suive sur six générations. L’heure est grave, la cité est assiégée de toutes parts, ne vous placez pas dans une situation pour faciliter sa chute. Votre situation tactique est difficile, mais pas désespérée. Ne vous ouvrez pas aux trahisons. Ne faites pas de manœuvres qui conforteraient votre opposant. Sérakus a besoin de vous ! Je vous demande respectueusement de relâcher ma prise de guerre, je l’ai durement gagnée et en trouver une autre serrait…agaçant. Aussi, je me devrait de vous demander réparation et ce serait pour nous deux un exercice désagréable. »

Il se tenait droit et fier, la main gauche sur la ceinture comme pour un défilé, la droite roulant le bout de sa moustache. Est-ce que de rappeler ses fonctions au Marakouk le calmerait ? Szya ne savais pas, mais Liaopeq non plus, était-elle la seule à avoir remarqué que la distance entre l’Hirbakko et le Marakouk s’était réduite ?
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Message par schmurtz » 21 Nov 2007, 22:50

Malgré sa rage, le vétéran avait encore la tête sur les épaules, à moins que ce ne soit par habitude. Il s'était placé de telle manière à ne pas être pris au dépourvu par une approche furtive et pouvoir agir avant que quiconque ne l'atteigne.

Szya se déplaça dans la salle sur le coté sans pour autant se rapprocher du contre-amiral. Elle poussa un tabouret du pied pour le placer à sa convenance, posa un pied dessus, commença à encocher une flèche et banda son arc en direction du marakouk et son otage avec des gestes lents et mesurés.

Elle fit appel au coté jamirien de sa race pour afficher un sourire carnassier et annoncer avec froideur à liaopeq :

"Je peux toujours les embrocher tous les deux, elle est pas bien épaisse. Au pire il aura perdu son seul moyen de pression."

Szya, connue pour ses actes parfois impulsifs et souvent radicaux, s'était clairement déclarée comme étant la menace de qui se protéger. Obligeant ainsi le contre-amiral à se tourner vers elle ou Liaopeq. Ce dernier n'ayant pas dégainé d'arme et semblant vouloir discuter, N'go aurait donc tout intérêt de présenter mélia face à Szya, changeant son centre d'attention principale, Laissant ainsi plus de marge de manoeuvre à l'inspecteur en cas d'approche.

Une diversion peu diplomatique certe, mais avec son potentiel d'efficacité. Elle resta ainsi, ajustant sa visée, dans l'attente d'un ordre ou d'une occasion de tirer une flèche bien placée.
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Message par Smatou » 22 Nov 2007, 15:19

L'esprit d'Aabrouatl était secoué par les événements. :-k Nous devrions être unis dans la voie des Prophètes. La colère du contre-amiral est un instrument dont joue fort habilement Ounsalok. Quelles sont les fins de cet habile manipulateur? Pourquoi veut-il déchirer ainsi le royaume? Ce que fera l'intendant et la 4e flotte ici aujourd'hui décidera-t-il de l'avenir de Sérakus? :-k

"Monsieur le ministre, pour bien accomplir la tâche que vous lui ordonnez, peut-être que l'intendant devrait en savoir plus sur les accusations de trahison portées à l'endroit du contre-amiral? Et vous, contre-amiral N'Go, je comprends votre rage et partage votre souffrance d'avoir perdu votre nid. Mais même le sacrifice de l'esclave de l'intendant, convertie dans la voie des Prophètes, ne saura assouvir votre colère. Sans un procès juste et équitable, seuls les propos du Ministre seront retenus et vous serez pourchasser à travers le royaume, exécuter et votre nom sera déshonnoré. Est-ce vraiment ce que vous désirez pour vous et pour ceux qui ont foi en vous?"

:-k Il faut que l'intendant se mouille. La vermine qui mine le royaume doit être révélée au grand jour et ainsi, l'Ouest en sortira encore plus fort :-k
Dernière édition par Smatou le 22 Nov 2007, 21:57, édité 1 fois.
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Eakanor

Message par Lord Loup » 22 Nov 2007, 17:09

Eakanor était un peu dépassé par les événements. Du coin de l'oeil, il regardait son nouvel ami Liaopeq, se demandant s'il devait intervenir pour sauver le bien de son ami sans pour autant nuire à la relation hiérarchique qui existe entre N'go et Liaopeq.

Eakanor avait pourtant des affinités avec N'Go. Son gout de la violence et sa haine pouvaient lui servir dans son combat contre la théocratie. De plus, Ounsalok ne lui inspirait pas confiance. Toute personne qui manigance à diviser les autres au lieu de s'unir contre l'ennemi de tous était une traite à ses yeux.

Lorsque Eakanor regardait Szya, il se revoyait lui, jeune et impulsif. Il pouvait comprendre pourquoi le sang bouillait dans les veines de Szya, mais il ne voulait pas qu'accidentellement elle tue N'Go et l'esclave. À ses yeux, personne n'avait rien à y gagner.

Persuadé de ne pas mourir (pas avant mes 110 ans se dit-il), Eakanor se glissa lentement entre Szya et N'Go, afin d'obstrué, avec sa stature, toute chance pour Szya de posé un geste malheureux. C'était pour l'instant la seule action subtile qu'il pouvait poser sans attirer trop l'attention sur lui. Il resta ainsi pour observer la suite des évènements tout en gardant la main ferme sur son bâton et l'oeil rivé sur Ounsalok. D'ailleurs n'avait-il pas déjà croisé Ounsalok dans ses songes à la frontière du monde?
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Message par baron samedi » 27 Nov 2007, 19:48

Déconcerté, le Contre-Amiral N'go hésite. Il s'attendait à tout - sauf à des bureaucrates. N'go croise le regard taquin de l'Intendant Liaopeq, et réalise que la situation est ridicule. Il s'étonne de voir EaKaNor se mettre dans la mire de Szya. Il n'a pas que des ennemis ici. Son "nid" n'est pas menacé. Son étreinte sur Mélia, l'esclave, se relâche doucement. Mais sa voix gronde de fureur.

« Tu devrais me montrer plus de respect, Liaopeq, vu que c'est moi lui-même qui lui a sauvé ta face en te confiant ce rôle au tribunal militaire. Certains... auraient voulu t'écarter. Toi et tes amis... aux douteuses loyautés.»

N'go fixe sévèrement Szya, la Gemish. Son mépris est sans équivoque.

« Les nacelles Naskaldîns viennent toujours pour tuer! Ouvrir le feu était la seule façon de protéger la ville, vu que les archers sont insuffisants par manque de fonds. »

Sévère, Aabrouatl réplique, incisif : « Nul n'est au dessus des lois, du plus vil criminel au roi lui-même ».

L'évocation de ce roi mal aimé embrase soudainement N'go : « Le Ministre n'a jamais mis les pieds à Sérakus et ne connait pas la situation. L'Instructeur lui présente une version des faits absurde. Le roi ne comprend pas ce que vit Sérakus. Il devrait davantage écouter la voix des vétérans du Serpent Céleste. Nous avons beaucoup souffert pour lui. Et sa famille. »

Cette référence à la « famille » du roi n'échappe pas à Ounsalok, qui lance de l'huile sur le feu : « N'go doute-il de la légitimité de notre roi, pour parler ainsi de son frère et sa soeur, deux rebelles en exil? »

« Je suis loyal au royaume! Le gouverneur de Sérakus, Vasiraq m'a confié l'ordre de défendre la cité tout en coupant mon budget. J'ai envoyé mes hommes à la mort. Agir avant que l'ennemi ne puisse déployer des armes incendiaires était la seule chose à faire. Et malgré cela, la cité brûle pendant ce procès de théâtre! Ces ordres sont grotesques, insensés! Que faire lorsque le roi agit contre l'intérêt du royaume? »

Coupant la parole à Ounsalok et au Ministre, outrés, Aabrouatl répond du tac au tac : « L'obéissance aux ordres des supérieurs est ce qui fait des Occidentaux des êtres civilisés et qui nous distingue des barbares du Nord. »

N'go regarde Mélia, l'esclave Nordiste, dans les yeux. Elle le toise d'un sourire narquois : « Lorsqu'on me serre autant, je préfère autant qu'on le fasse au lit ». Surpris, N'go la relâche, mal à l'aise, et secoue sa crinière ensanglantée. Sa voix est claire, son regard digne et amer.

« Je ne suis pas un barbare. J'ai vu plus de sang couler que le Réceptacle Sacré n'en boira jamais, mais j'ai toujours agi dans l'intérêt de l'Ouest. Si je dois devenir un martyr pour éveiller le roi à la souffrance son peuple, qu'il en soit ainsi. »

N'go jette ses armes au sol. Szya ne le quitte pas des yeux. Il ne la voit plus.

* * *
À l'abri d'une alcove, le Ministre se presse contre Szya, plus proche que ne l'autorise le protocole. Son pouls est rapide. « Je t'ai vue au tribunal, belle archère. Tu as fait la preuve de tes loyautés. Je suis conscient que la révolte gronde ici. Il me faut des preuves que ce groupe de conspirateurs, le Serpent Céleste, ne fomente un coup. Le royaume est fragile, les militaristes se préparent pour une guerre civile. J'ai besoin de toi, Szya, pour rétablir la paix. Entre nos cités, nos peuples... Entre nous deux. J'ai besoin d'une femme de confiance pour faire arrêter les meneurs du Serpent Céleste. Même le gouverneur serait impliqué. Je crains qu'ils n'agissent pour rallier Liaopeq, sans qu'il le réalise. Liaopeq, ton seigneur, doit au contraire devenir le hérault de notre roi et faire comprendre à Sérakus que nous ne pourrions pas gagner une guerre contre les Théocrates. Si les leaders du Serpent Céleste sont un danger pour l'État, il faudra les... déplacer. Discrètement. Et faire porter le blâme sur un bouc émissaire. »

Il se rapproche de Szya. « Ma gratitude sera à la hauteur de tes preuves. Je suis cousin du roi, tu sais, ce qui m'accorde le privilège de pouvoir me marier... »

Deux silhouettes, dans l'ombre du soir, murmurent des secrets.

* * *
Le vent du soir balaye Sérakus. Les toîts pavés brûlent encore des restes des incendies des Naskaldïns. L'armée les a repoussés, à fortes pertes. Les munitions ont manqué au moment critique.

Les vassaux de Liaopeq sont au tribunal, en tenue d'apparaît. N'go est attaché, nu, dépouillé de ses oripeaux. Le Ministre l'a destitué, ordonnant à Liaopeq de tenir son jugement. Aabrouatl est nommé à sa défense. Devant lui, l'infâme Ounsalok se frotte les mains. Le Ministre vient de le nommer Contre-Amiral à la place d'Ounsalok, malgré l'opposition féroce des officiers de la marine. Ce qui fait de lui, du coup, le supérieur immédiat d'Aabrouatl.

Tout autour, la vaste cour du gouverneur Vasiraq se rassemble au tribunal. La moitié sont des officiers sévères, vêtus de bleu et de rubans rouges, le visage bariolé. L'autre moitié, vêtue de rouge aux accents jaunes, se compose de mandarins, scribes et légistes, qui s'excitent de la présence honoraire de l'entourage du Ministre.

Mais le Ministre est absent. « Affaires personnelles» , avait-il dit ».

La clameur bat les rues. Les artilleurs, par centaines, manifestent leur soutien à N'go et réclament sa libération. Un témoin de taille attend de parler au tribunal : le Serpent Céleste, par la voix du capitaine Herzoq, le populaire neveu du prince en exil, Tibirnus. Herzoq vient dénoncer la nomination d'Ounsalok et exige le droit de guerre contre la flotte des Théocrates qui attend en bordure de l'île de Naskald.

Le capitaine Herzoq hoche la tête envers EaKaNor, respectueusement. En privé, le capitaine a confié au vieillard son admiration pour le geste d'EaKaNor et a offert de l'aider pour déclarer la guerre aux Théocrates, qui n'attendent qu'un signe de faiblesse pour envahir la côte. Les Naskaldïns sont un test. « Le Contre-Amiral doit être épargné, Eakanor; s'il meurt, le peuple se révoltera et les Théocrates nous attendrons. Tu dois convaincre Liaopeq de l'innocenter, et nous faire entrer en guerre. »

Devant Liaopeq, Herzoq salue selon les formes, bras croisés. « Ô juge Liaopeq! Nul doute que N'go a contrevenu aux lois des Prophètes. Mais suspends ton juste courroux! La coutume veut que, chaque année, le gouverneur gracie un prisonnier politique. Tous, nous voulons éviter que N'go ne devienne un martyr, au risque d'envenimer une situation tendue. Tous, nous servons l'Ouest! Il existe pourtant, dans cette cité, un fanatique religieux bien plus dangereux, un nécromancien de l'Est. Cet Urndri, allié aux sorcières Théocrates, lève un culte démoniaque dans la cité. Je te dis, juge : demande au gouverneur de faire arrêter cet hérétique, Gørza l'Urndri, ce coquillage qui se dit Énigmatique, et de le condamner à la place de N'gro - comme le permet la Loi. Ainsi nous rappelleras-tu qui est le véritable ennemi : les Théocrates, les étrangers, et non ceux des nôtres qui - malgré leurs erreurs - ont livré leur sang aux Prophètes. Du sang pour les Prophètes! »

La foule, à l'extérieur, reprend la litanie avec ardeur. Le procureur, Ounsalok, fulmine de rage. EaKaNor l'a définitivement déjà rencontré. Sur l'île de Naskald. Sauf que, la dernière fois, Ounsalok avait le corps recouvert de peintures de flammes, et il dansait nu avec des Naskaldïnes albinos sur un rythme obscène. Ou bien n'était-ce qu'un rêve? Le bras d'EaKaNor lui fait mal quand il regarde les dents pourries du vieillard.

Liaopeq, lui, repense à cette étrange conversation qu'il vient avoir avec le Ministre.Étonnamment, le Ministre l'a félicité, en privé, de son bon jugement. Le Ministre voudrait élargir la citoyenneté aux métis nordistes, comme Mélia, et négocier une paix avec le chef des Naskaldïns. Si Liaopeq réussit à rallier les sécessionnistes de Sérakus, le Ministre le fera ambassadeur à Naskald, et nommera Mélia comme héraut officielle entre les deux nations. Le Ministre n'est pas dupe : Mélia ressemble trop à son père.
SILENCE INDIGO
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