[Prosopopée] Mes deux premières parties

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[Prosopopée] Mes deux premières parties

Message par Steve J » 05 Mars 2013, 11:51

Ces dernières semaines, j'ai testé par deux fois Prosopopée à ma table. La première partie était plutôt plaisante mais a fini par sombrer dans le gonzo (1), la deuxième fut une franche réussite. Je suppose que je vais surtout parler de la première partie, non pas parce que je pense que les trains à l'heure n'intéressent personne, mais surtout parce qu'avec Prosopopée Frédéric me semble avoir des objectifs très clairs. Du coup on ne peut pas vraiment lui faire d'autre compliment que "ton jeu atteint parfaitement ces objectifs".

Première partie : de la poésie au gonzo
Joueurs : 3 amis que je connais très bien et que je fréquente depuis très longtemps, que ce soit autour d'une table de jeu ou non
2 nuances et 2 médiums (j'étais médium)
Durée de la partie : 2 heures
Paradigme : une des images du jeu montrant une ville et ses remparts suspendus au milieu du vide.
L'histoire racontée concernait la ville aux volets bleues, une ville volante. Nos deux médium découvrirent rapidement la particularité de cette ville : les couleurs y étaient imposées. Les volets devaient être bleus, les lits verts, les calèches jaunes, les pantalons blancs...Du centre de la ville partait un arc en ciel noir et blanc.
En discutant avec le gardien de l'arc en ciel, qui avait apparemment une grande autorité dans la ville, nous apprîmes qu'il importait aux habitants d'optimiser les couleurs dans un soucis de rationalisation et de quantification(2) (je soupçonne qu'en introduisant cet élément, ma copine voulait gentillement me tancer sur mes tendances à réfléchir en statisticien en dehors du boulot).
C'est finalement la découverte du goût fade des légumes (le goût des légumes étant uniformisé dans un soucis de production) qui nous amena à inscrire notre premier problème "le goût fade des légumes" (avec un score à 5).

Il y a vraiment eu un point de rupture au milieu de la partie, après environ une heure de jeu. Les deux médiums se retrouvèrent dans la bibliothèque du coin pour comprendre les raisons des traditions de la ville. Je racontais comment mon médium (celui qui voit à travers les cœurs) dû difficilement grimper sur une haute échelle pour atteindre un livre : "Celui qui voit à travers les cœurs se disait qu'il n'était décidément pas fait pour devenir un érudit, cela demandait beaucoup trop d'efforts et d'agilité". A la fin de la scène, il chuta et entrainât dans sa chute une étagère entière de bouquins.
L'autre médium décida que cette étagère cachait un long passage secret et collectivement, lui et moi décrivirent -sur un mode Indiana Jones- notre périple dans les entrailles de la bibliothèque.
Après avoir mis la main sur un ouvrage décrivant l'origine des traditions de la ville, nos deux médiums tombèrent dans une trappe et y restèrent bloqués pendant 2 ans ("Il n'était pas inhabituel de rester piégé aussi longtemps pour un érudit, ce qui explique d'ailleurs que leurs barbes soient si longues et si blanches" ajoutais-je).
Immédiatement après, l'une des nuances chercha à résoudre le problème "l'interdiction de choisir les couleurs" par une médiation d'acceptation. Ce fut une réussite avec plus de succès que nécessaire. Le joueur devant l’interpréter décida que la ville aux volets bleus avait décidé de se jouer de ces contraintes de couleur, à la manière de l'OuLiPo, en les conservant mais en faisant de leur ville un délire architectural. On trouvait des lits sur les murs, on dormait dans ses cheminées et les escaliers menaient parfois dans le vide. En sortant de la bibliothèque, nos deux médiums prirent conscience d'un changement important dans la ville aux volets bleus : elle était devenue gonzo (d'ailleurs il fallait l'appeler la "bleue aux volets villes" et tout refus de se conformer à cette folie artistique était très mal vu (3)).

Commentaires : la partie a donc sombré dans le gonzo. Il faut préciser que ce n'était pas très satisfaisant mais que c'était très amusant et restait très agréable à jouer.
J'ai une explication à ce basculement : la durée de la partie.
Prosoposée est un jeu formellement très cadré et la partie à un aspect ritualisé qui fait son charme (tout a été dit sur l'incroyable dynamique de conversation qui se met en place dans une partie de Prosoposée mais il n'est pas inutile d'en redire du bien ici) mais qui nécessite une attention soutenue pour fonctionner.
Le seul défaut qui me gène dans Prosopopée c'est qu'il est difficile pour des joueurs débutants de saisir l'effet des valeurs de dés de Problèmes en jeu. Une valeur supérieure à 4 signifie en fait un problème qui risque de prendre beaucoup de temps à être résolu. Dans mes futures parties je pense me limiter à 3.

Deuxième partie : le tigre et la panthère
Joueurs : ma copine (avec qui j'ai beaucoup joué au JDR) et une bonne amie à nous qui n'avait joué qu'une fois au JDR il y a longtemps
2 nuances et une medium (ma copine)
Durée de la partie : 45 minutes
Paradigme : ma copine et moi même avons rapporté d'un récent voyage au Japon un dessin sur toile représentant un tigre. Quand on s'en approche, on se rend compte que le visage du tigre est particulièrement malicieux et qu'il n'a pas l'air bien méchant.

L'histoire racontée concernait le village au bout de la route. Nous avons commencé la partie en faisant parler deux arbres des alentours qui s'attristaient de ne plus voir passer grand monde, les enfants ne venaient plus se cacher entre leurs racines et les amoureux n'allaient plus se percher sur leurs branches.
Selon les arbres, c'est la présence d'un tigre cruel qui terrifieraient les habitants du village. Ceux-ci restant barricadés chez eux.
Arrive notre médium, Celle qui regarde les étoiles.
Elle frappa à l'une des portes du village, une vielle dame lui ouvrit et lui expliqua la situation. Depuis des années un tigre très bien élevé vivait autour du village, il aidait toujours les habitants, amusait les enfants en leur courant après en rugissant. Mais un jour, une panthère arriva dans les environs et lui colla une bonne raclée.
Depuis le tigre était particulièrement triste et doutait de se force. Pour le réconforter, les villageois décidèrent de simuler la terreur à sa venue. C'est pour cela qu'il créèrent le réseau de souterrains.
La panthère vint alors à la rencontre de Celle qui regarde les étoiles pour lui faire part de son problème : chaque soir, le tigre -qui habitait en bas de son terrier- produisait une musique assourdissante qui l’empêchait de dormir.
Deux problèmes donc : la tristesse du tigre et les bruits qui empêchent la panthère de dormir.
Celle qui regarde les étoiles étant habile de ses mains, elle décida d’insonoriser la maison de la panthère. Le problème ne fut cependant pas résolu, après une nuit passée à dormir dans le silence la panthère se réveilla triste et malheureuse.
Celle qui regarde les étoiles passa le restant de la partie à jouer l’entremetteuse entre les deux félins. Comme le disait la mère de la panthère "nous les félins avons de grandes griffes mais un tout petit cœur" et il ne fut pas facile de surmonter leur timidité.

Commentaires : Une partie d'excellente qualité qui nous a tous beaucoup touché. Notons que nous n'avons pas vraiment respecté le canon : les déséquilibres n'étant pas vraiment liés aux humains et à leur incompréhension de la nature.
En plus de la dynamique de conversation toujours aussi agréable, j'ai été frappé par l'évidence des rebondissements que nous faisions intervenir sans avoir rien préparé à l'avance.
On passe d'un tigre qui terrifie les villageois à un tigre terrifié de ne pas être à la hauteur. On apprend que le tigre et la panthère ne sont pas ennemis mais amoureux. Que la cacophonie du tigre est en fait une tentative de chanter la sérénade.
Dans Prosopopée on est surpris par sa propre histoire, si ça ce n'est pas génial !

(1) C'est un terme que je pique à Jason Morningstar dans le Fiasco Companion. Il y fait la constatation que plusieurs de ses parties de conventions tombent dans le gonzo. La cohérence du récit et le respect du canon esthétique du jeu s'effacent devant la volonté de faire rire par la surenchère et l'incongruité. Ce n'est évidemment pas un style de jeu entièrement satisfaisant mais cela produit des parties qui ne sont pas non plus franchement déplaisantes (on s'y marre bien).
(2) J'avais proposé à mes joueurs de jouer à Monostatos, ce qui fut écarté, mais finalement notre partie avait un petit air de Prosopostatos.
(3) En me relisant je me rends compte -avec amusement- que nous sommes non seulement entré dans une partie gonzo mais que nous sommes passé de Prosopostatos à une partie dans l'esprit de Philippe Muray. Qui l'eut crû ?
Steve J
 
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Re: [Prosopopée] Mes deux premières parties

Message par Frédéric » 06 Mars 2013, 21:01

Bonjour Steve, merci pour ce rapport de partie et merci pour les compliments, ça fait chaud au cœur !

Les deux histoires m'ont l'air plutôt belles. La première paraît un peu étrange, mais je ne la trouve pas ridicule (il me semble que le gonzo peut-être rattaché à une forme de ridicule, peut-être me trompe-je, je ne connais pas très bien ce terme) telle quelle. Dans Prosopopée, il peut y avoir de l'absurde, des déraillements ontologiques, de l'humour dans le jeu, ça ne pose aucun problème tant que vous arrivez à vous harmoniser sur vos attentes à leur sujet.

Je pense aussi à ton observation au sujet de la difficulté des Problèmes. Les parties réussies les plus longues que j'ai jouées ont dû avoisiner les 4h de jeu. Elles ont fonctionné malgré le foisonnement de problèmes et d'intrigues. Mais parfois aussi, il se produit un phénomène bizarre que je rapporte dans ce rapport de playtest où les joueurs n'arrivent plus à résoudre les Problèmes et l'on a l'impression que le Déséquilibre a sa propre intelligence et évolue de manière spectaculaire, jusqu'à ce que les joueurs parviennent finalement à résoudre les Problèmes un à un après beaucoup de tentatives ou d'un jet de dés magistral...

Pour ce qui est de respecter la consigne disant que les humains doivent être à l'origine du Déséquilibre, c'est un garde-fou. Le fait de rendre les humains coupables de l'état des choses permet de boucler les histoires avec plus de force et d'éviter le manichéisme ainsi que le côté parfois puéril ou mièvre (ou Disneyien) de l'utilisation des animaux dans les histoires. Si vous arrivez à de si bonnes histoires sans ce garde-fou, c'est très bien comme ça. SI le tigre a une part d'humanité, peu importe son apparence, il peut entrer dans la définition "d'humain" en forçant un peu dans les angles.
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Re: [Prosopopée] Mes deux premières parties

Message par Steve J » 19 Mars 2013, 15:38

Pour en revenir au gonzo, j'utilise le terme comme il est utilisé dans le Fiasco Companion. Est "gonzo" ce qui est "outrageously funny and/or violent". Le terme a sans doute pris plusieurs termes différents (il me semble qu'il vient des textes de Hunter S. Thompson et qu'il n'y est pas du tout utilisé dans le même sens que moi ici). En repensant à ma première partie, je me dis que le problème ne vient pas tant de l'histoire produite que de la dynamique de jeu. Prosopopée est un jeu où l'on écoute l'autre parler, les paroles servant à construire l'histoire et où l'on évacue les propos méta sur la partie. Il s'agit aussi d'un jeu où l'on construit une histoire ensemble en acceptant les éléments introduit par les autres joueurs. C'est cette dynamique qui était un peu cassé en fin de partie et c'est cela qui était un peu décevant. Il restait cependant un beau moment de partage entre amis, la partie était loin d'être catastrophique.

J'avoue être assez surpris d'apprendre que ta partie la plus réussie était une partie de presque 4 heures. Même si les Problèmes ont des impacts sur ce qui est raconté, j'ai joué au jeu avec la certitude qui nous parviendrons à nous en défaire (ne serait-ce que parce qu'on ne peut pas "perdre" à Prosopopée). Ayant cette certitude j'ai trouvé ton CR assez étonnant.
Peut-être un jour aurais-je l'occasion de vivre une telle partie.

Pour ce qui est de la consigne sur les humains responsables du Déséquilibre, c'est bien ce que je m'étais dis après la partie (pour être honnête je ne m'étais même pas posé la question en jeu), quand on fait parler les éléments et les animaux on fini par leur donner des traits humains.
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Re: [Prosopopée] Mes deux premières parties

Message par Frédéric » 20 Mars 2013, 19:50

C'est pas nécessairement ma meilleure partie qui a duré 4h, mais ça marche très bien jusqu'à cette durée.

C'est une question intéressante que de savoir si l'on va résoudre les problèmes quoi qu'il arrive. Honnêtement, le jeu est fait pour. Et même quand les Problèmes nous submergent, je pense qu'on peut toujours se débrouiller :
- En s'aidant beaucoup
- À force d'épuiser les Médiations, on peut de nouveau utiliser celle à 5
- Quand on fait des échecs ou des réussites partielles, on peut modifier la valeur d'un dé de Problème, rien n'empêche de la baisser

Comme me le fait remarquer Shiryu en mp, un bon gros bazar plein de problèmes dans tous les sens, ça peut rester poétique, donc rien n'empêche de jouer une partie avec beaucoup de Problèmes tant que l'histoire reste forte et cohérente.

Enfin peut-on terminer une partie alors que les Problèmes n'ont pas été résolus ? Grande question. J'aurais tendance à dire que oui, à condition que cela ne frustre personne. Mais le jeu est quand même fait pour aller jusqu'au bout.
Si l'on arrête la partie sans avoir résolu tous les Problèmes, il faut que l'histoire ait un dénouement quand même.
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