[Nouvelle] Prélude à l'Eveil

Ancienne rubrique où l'on postait poèmes, descriptions, histoires et autres textes.

[Nouvelle] Prélude à l'Eveil

Message par Christoph » 13 Jan 2004, 21:33

Je suis un atelier d'écriture de science fiction, et j'avais envie de partager le premier texte qui en était sorti.
Je suis preneur pour toute critique (dans tous les sens du terme)!
Mon but est de m'améliorer encore, donc n'hésitez pas à pointer les faiblesses.

C'était un texte basé sur des consignes. En l'occurence, il fallait s'imaginer le livre en 2103, le bras d'un héros et une quête ou élément de mystère, puis mixer le tout.

Un hommage à Fahrenheit 451...

Je vous conseille de raptisser la fenêtre du navigateur afin de rendre le texte plus agréable à lire (en tout cas sur mon écran 1400x900 ça fait mal...)
Dernière édition par Christoph le 13 Jan 2004, 21:39, édité 1 fois.
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Message par Christoph » 13 Jan 2004, 21:34

Prélude à l’éveil

Il arrive, courant sous la pluie battante, chapeau tiré bas sur le front, manteau noir serré, col redressé.
La dame au guichet le regarde d’un air distrait : c’est le premier visiteur de la journée et la fermeture est prévue pour dans à peine une demi-heure. Elle le reconnaît de vue : c’est le seul qui vienne jamais. Une fois par semaine. A se demander pourquoi le gouvernement garde les lieux ouverts.

L’homme achète son billet et s’engouffre précipitamment dans le hall d’entrée sombre aux murs noirs. Un éclairage d’un blanc glacial provenant de la base des murs permet de distinguer les portes massives, derrière lesquelles est abritée la « collection ».
Les portes s’entrouvrent silencieusement à l’approche du personnage qui, après une brève hésitation, pénètre dans la salle principale.
Il s’arrête afin de prendre connaissance du lieu, tandis que les portes se referment sans qu’il le remarque, sans un bruit, sans un souffle.
La salle, aux dimensions d’une nef de cathédrale, est tout aussi sombre que le hall. Elle abrite de grandes boîtes en verres posées sur des socles noirs. Pas un son, pas un mouvement d’air, aucune odeur ; les perceptions sont quasiment annihilées par l’environnement aseptisé.
L’homme reprend son chemin, de façon déterminée.
Ce faisant il regarde le sol droit devant lui, sans prendre garde au contenus mystérieux des grands réceptacles cubiques, illuminés de leur lueur blafarde par en bas. De toutes manières, il n’aurait su différencier ces objets antiques des créations des artistes agréés de la Nation.
Il passe dans l’abside, une petite salle contenant qu’un seul de ces étranges reliquaires. Celui-ci contient un objet à peu près rectangulaire, munie apparemment d’une couverture beige tacheté de brun foncé, à la surface inégale, détériorée et recouverte de poussière, protégeant une pile de fins rectangles jaunis à peine plus petits. Ici, le plafond n’est plus visible.

Il ralentit l’allure, s’arrêtant presque. Il s’approche lentement de la case, avec une certaine vénération. Il étend lentement son bras gauche, avance de quelques pas. Arrivé à portée, il pose doucement mais fermement sa main sur la surface horizontale du cube.
L’homme ferme les yeux, respire profondément et semble se concentrer.
Une étrange sensation de picotement surgit aux bouts de ses doigts, accompagné d’un léger réchauffement. La sensation se transmet aux phalanges, puis à la main. Le picotement laisse place à une relaxation agréable, qui à son tour est brusquement interrompue par la crispation subite de tout l’avant bras. La douce chaleur devient fournaise, puis laisse place au froid polaire. Moment de calme où les tendons et muscles reprennent doucement leur position naturelle. La sensation se propage au bras tout entier, le sang semble diffuser le chaos toujours plus loin.
Une secousse parcourt tout le corps du sujet : il se tétanise, ses muscles se tendent jusqu’à leur extrême limite, son corps entier semble pris d’une crampe gigantesque alors que la température de son corps grimpe à nouveau.
L’homme est parcouru de spasmes épileptiques, sa main gauche toujours ancrée sur le verre poli. Une douleur vive prend naissance aux doigts et se propage telle une vague à travers tout son être, laissant dans son sillage une sensation de légèreté et d’inconsistance. L’espace d’un battement de cœur, l’homme ressent la peur d’être emporté par son propre souffle, toutefois sa main le rassure, sa prise est aussi indélogeable que le verre qu’elle touche est dur.
Un bref instant pendant lequel ses sens sont engourdis s’ensuit. Il respire rapidement comme après un violent effort.

Puis, un flot d’images inconnues, de paroles incompréhensibles et de parfums exotiques le submerge dans un maelström de souvenirs chargés d’émotions intenses, mais qui ne lui appartiennent pas. Il se remémore des événements d’une autre époque et d’un autre lieu qu’il n’a jamais vécus. Il lui semble être avec d’autres gens, et il semble surpris à quel point ces présences le réconfortent. Une dernière vision d'un visage d'une femme qu'il ne connaît pas plus que tout ce qu'il vient de vivre, et la transe le quitte doucement pour laisser place à la non-vie de tous les jours.
L’homme se recompose, ôte la main de la boîte pour réajuster sa veste et son chapeau. Il regarde une dernière fois avec une expression d’incompréhension naïve mêlée d’espoir cet artefact d’ailleurs. Résigné, il se retourne vers le néant émotionnel et l’absence de vécu qui composent le quotidien de tous les citoyens.
Seul lui se doute qu’il existe une alternative, bien qu'il ne sache que croire. Tout ce qu’il sait, c’est qu’il reviendra tôt ou tard refaire cette expérience qui pourtant le terrifie, poussé par ses instincts les plus profonds.
Il quitte la bâtisse sombre et vide, et s’aventure sous la pluie, perdu dans ses rêves.


La dame du guichet le regarde d’un air mélancolique : elle l’observe à chacune de ses venues grâce au dispositif de surveillance, mais n’arrive toujours pas à comprendre pourquoi il vient toucher le casier de l’abside, semaine après semaine, reste immobile comme un monolithe pendant une petite minute et repart, visiblement troublé mais aussi saisi d’une expression qu’elle ne sait reconnaître.
En enfilant sa veste, elle pense à sa chambre et à son lit, puis au lendemain, qui sera pareil qu’aujourd’hui.
Alors qu’elle ferme la porte derrière elle, lui vient une fois encore à l’esprit l’image de ce fou gentil. Une esquisse de pensée effleure furtivement son esprit, mais n’arrive pas à s’y loger. Elle secoue la tête et s’en va chez elle.




:thesilentbard:
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Message par Wenlock » 14 Jan 2004, 04:38

J'aime bien l'idée mais il y a, à mon sens, quelques faiblesses de style et de clareté :
-se serait pas mal de distinguer d'une manière ou d'une autre (par exemple en pasant du "il" au je", ça aide dans les changements de focalisation) la partie du texte qui est l'avis de la guichetière sur le Visiteur et celles qui concerne des sensations qu'elle ne peut percevoir, et qui relève donc de son "internalité" à lui.

-moi je trouve que tu explicites encore trop, que tu restes trop "objectif" alors que je crois que c'est pas ton intention. J'ai recommencer à bouquiner du Philip K.Dick et, par exemple, lui n'explique jamais "objectivement" ses univers ni les motivations de ses personnages 5simenon presque jamais, non plus).
Ton lecteur pourrait être "le Visiteur" (la majuscule soulignant que c'est quasi un nom propre, puisqu'il n'y en a vraiment qu'un seul) ou "l'homme du mardi"; la guichetière doit s'emmerder et s'il vient toutes les semaines le même jour, elle doit en venir à l'attendre comme une midinette curieuse ou comme un concierge indiscrète et voyeuse (ok, elle le mate, mais on sait ni comment, ni pourquoi, ni ce que ça lui procure comme sensations et interrogations).

-tes procédés sont parfois un peu trop "évidents". Quand un mot doit être mis en éxergue («la collection»), les "guillemets qui font mystérieux" c'est pas ce que je préfère. Pour distinguer un mot de son acception habituelle, moi je lui colle des majuscules (c'est à force d'écrire des règles de JdR, je suppose :P ), mais y a plein d'autres moyens, comme de le remplacer par un autre qui, dans le contexte, va sonner bizarrement, ou d'en créer un qui traduise à peu près ta pensée mais soit justement subjectif, propre à ton univers ("Fond Archéologique", "Rebus Historique National", etc...).

-juste des détails techniques : quand tu veux faire des mystères autour de l'identité ou de la personnalité d'un personnage, parle de lui justement de la manière la moins descriptive et la plus impersonnelle possible (il, lui, l'homme, le visiteur), camoufle tes éléments de description (plutôt "il retire son chapeau" et plus loin "derrière son écharpe" que : "il a un chapeau et une écharpe") et ne montre jamais que tu "camoufles" ou que tu brouilles les pistes exprés (sinon, c'est plus très efficace), par conséquent banni le plus vite possible et pour longtemps "le personnage" de ton vocabulaire littéraire. C'est un tic de JdR, de scénariste, de dessinateur, de "fabricant de fiction"... mais dans un produit fini, toute la magie c'est de réussir à cacher que ça a été fabriqué (ou de jouer avec le public, mais là c'est un autre procédé).

"Gobelin's are too small to like short talking" :siffle:
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Message par Christoph » 15 Jan 2004, 00:01

Merci beaucoup pour ces conseils Wenlock ;)

Le point 4 m'a particulièrement frappé de par sa pertinence!
J'apprécie aussi beaucoup les autres.


Mais avant de le retravailler, je vais mettre en ligne le 2e texte (je travaille actuellement à un troisième) terminé il y a deux-trois semaines.

Si jamais tu as le temps, pourrais-tu stp le lire et voir si les défauts sont toujours aussi frappants? (Cependant, rien ne presse)

Le troisième texte sera complété avec les éléments que tu m'as donnés en tête, donc j'espère qu'il sera meilleur (par rapport aux 4 points cités ici).


Le tic du Jdr c'est bien vrai ;) Qqn à l'atelier m'avait fait une remarque dans le style: "C'est de la description pour jdr ça." :P ...



(En fait, cet atelier est une raison supplémentaire pour mon retard dans divers choses, rôlistiques ou scolaires :roll:)
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